{"id":12,"date":"2012-01-04T08:54:41","date_gmt":"2012-01-04T08:54:41","guid":{"rendered":"http:\/\/85.201.121.98\/livre\/?page_id=12"},"modified":"2014-09-16T08:37:17","modified_gmt":"2014-09-16T08:37:17","slug":"coup-de-coeur","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gouvy.eu\/livre\/coup-de-coeur\/","title":{"rendered":"Coup de coeur"},"content":{"rendered":"<p>Occup\u00e9e depuis la plus haute antiquit\u00e9 et certainement depuis le 4e ou le 5e si\u00e8cle avant J\u00e9sus Christ, la r\u00e9gion de Gouvy, si, elle ne poss\u00e8de pas de vestiges monumentaux d\u2019un glorieux pass\u00e9, n\u2019en rec\u00e8le pas moins l\u2019un des plus importants gisements de tombes m\u00e9rovingiennes de toute la Belgique. La r\u00e9gion de Bovigny &#8211; Limerl\u00e9 foisonne de tumulus et tombelles non encore inventori\u00e9s et les multiples fouilles dont certains ont fait l\u2019objet ont permis la mise au jour de t\u00e9moins remarquables de la vie et des m\u0153urs de ces habitants d\u2019un autre \u00e2ge.<\/p>\n<p>Chez nous, \u00e0 l\u2019exception des remarquables ruines du \u00ab\u00a0Ch\u00e2teau des Moudreux\u00a0\u00bb, \u00e0 Brisy, et hormis quelques somptueuses fermes-ch\u00e2teaux, t\u00e9moins de l\u2019opulence de certains \u00ab\u00a0seigneurs\u00a0\u00bb locaux, la majeure partie des vestiges et autres t\u00e9moins du pass\u00e9 sont g\u00e9n\u00e9ralement soit d\u2019origine modeste, \u00e0 l\u2019instar de nombreuses b\u00e2tisses au caract\u00e8re typiquement ardennais, soit d\u2019origine religieuse. Chemins creux, carrefours et campagnes regorgent de chapelles, chemins de croix, calvaires, \u00e9dicules ou croix votives, souvent na\u00effs, mais toujours finement ouvrag\u00e9s.<\/p>\n<p>Pierre r\u00e9gionale par excellence, le schiste est omnipr\u00e9sent et accompagnait nos a\u00efeux dans toutes les \u00e9tapes de leur vie. Tour \u00e0 tour \u00e9vier, bac \u00e0 lessives, pavement, linteau de porte, cintre d\u2019entr\u00e9e charreti\u00e8re, couverture de toiture, croix mortuaire ou gisant monumental, cette merveilleuse pierre bleue et douce a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, sous le ciseau des artistes locaux et autres carriers, la pl\u00e9nitude de sa beaut\u00e9 et de sa finesse. Pour preuve, l\u2019exceptionnel patrimoine du vieux cimeti\u00e8re de Gouvy aux \u00e9tonnantes dalles mortuaires, l\u2019encadrement remarquable de la porte de la sacristie de Limerl\u00e9 et nombre de tombes de notables et autres membres du clerg\u00e9 d\u00e9c\u00e9d\u00e9s il y a bien longtemps et dont les monuments, soigneusement conserv\u00e9s ou restaur\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9s contre les parois des \u00e9difices religieux, comme \u00e0 Bovigny, Cherain, Beho\u2026 Craignant les foudres du D\u00e9mon et les manigances du Malin, l\u2019Ardennais, en bon et fid\u00e8le chr\u00e9tien, ne manquait jamais de placer sa demeure sous la protection du Seigneur ou de quelque autre saint. C\u2019est pourquoi nombre de fermes et maisons anciennes pr\u00e9sentent encore de nos jours, profond\u00e9ment grav\u00e9 dans le linteau de la porte du logis ou sur la poutre maitresse de la chemin\u00e9e, le chrisme \u00ab\u00a0IHS\u00a0\u00bb (Jesus Hominem Salvator).<\/p>\n<p>Dominant le c\u0153ur des villages de leur haute stature, massives, orgueilleuses parfois, les \u00e9glises constituent sans nul doute un des principaux p\u00f4les d\u2019int\u00e9r\u00eat que tout visiteur, amoureux de vieilles pierres ou simplement d\u00e9vot, se doit de visiter. Sous un aspect ext\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ralement rustique et assez simple, parfois fruste, voire m\u00eame aust\u00e8re, mais jamais outrancier, ces grands \u00e9difices sont les t\u00e9moins toujours bien vivants de l\u2019omnipr\u00e9sence et de l\u2019importance des croyances religieuses dans l\u2019Ardenne profonde.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas si loin le temps o\u00f9 cur\u00e9s et vicaires constituaient, avec les enseignants, les m\u00e9decins et quelques notables, la v\u00e9ritable aristocratie dominante et l\u2019\u00e9lite culturelle en ces terres paysannes, \u00e9loign\u00e9es de tout. Au d\u00e9but de ce si\u00e8cle encore, rares \u00e9taient les quelques privil\u00e9gi\u00e9s qui pouvaient \u00ab\u00a0monter \u00e0 la ville\u00a0\u00bb pour y d\u00e9crocher un dipl\u00f4me\u2009; rentr\u00e9s au village, ils toisaient volontiers les populations locales du haut de leur pr\u00e9tendu savoir, ignorant, sans doute, que la v\u00e9ritable \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb r\u00e9sulte plus de l\u2019harmonie avec la nature et le milieu que de la simple culture livresque. Alors que dans le hameau, tous les habitants se tutoyaient et \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement affubl\u00e9s d\u2019un sobriquet -r\u00e9sultant g\u00e9n\u00e9ralement de leurs origines ou de leurs occupations-, l\u2019instituteur, le docteur, le cur\u00e9 \u00e9taient les rares personnes \u00e0 se pr\u00e9valoir du titre de \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0\u00bb. Le pr\u00eatre, plus particuli\u00e8rement, s\u2019\u00e9rigeait volontiers en responsable de la \u00ab\u00a0moralit\u00e9\u00a0\u00bb des villageois. Nombre de natifs de quarante ans et plus se souviennent encore de nos jours des pr\u00eaches \u00e9loquents et accusateurs de certains pr\u00eatres de paroisse qui, du haut de leur chaire de v\u00e9rit\u00e9, fustigeaient leurs ouailles tant en mati\u00e8re d\u2019habillement qu\u2019en mati\u00e8re de choix politiques ou scolaires.<\/p>\n<p>Si aujourd\u2019hui l\u2019influence du clerg\u00e9 en ce domaine est en forte r\u00e9gression, il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Le mobilier et les d\u00e9corations des \u00e9glises t\u00e9moignent, oh combien, de la foi, mais aussi et surtout de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des paroissiens qui ne manquaient jamais de payer leur \u00e9cot lors de la qu\u00eate dominicale. Cons\u00e9quence de cette ferveur locale, mais aussi de cette crainte, nos \u00e9glises peuvent aujourd\u2019hui s\u2019enorgueillir de v\u00e9ritables tr\u00e9sors. Parmi les quelque vingt \u00e9difices que poss\u00e8de notre commune, les plus remarquables sont, sans conteste, les \u00e9glises de Beho, Cherain, Gouvy, Wathermal et Bovigny. L\u2019amateur de sculptures, de maitres-autels monumentaux, de lambris finement d\u00e9cor\u00e9s trouvera certainement l\u00e0 de quoi satisfaire sa curiosit\u00e9. Le recul de la pratique religieuse, associ\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction des effectifs du clerg\u00e9, a entrain\u00e9 une d\u00e9saffection partielle de divers lieux de culte. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9volution\u00a0\u00bb des m\u0153urs, accompagn\u00e9e d\u2019un manque de respect pour le patrimoine et de d\u00e9pr\u00e9dations de toutes sortes, ont abouti \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les \u00e9difices contre les malveillances et autres actes iconoclastes gratuits. Il en r\u00e9sulte que la majeure partie des \u00e9difices religieux ne sont plus accessibles que lors des offices. Toutefois, conscients de l\u2019int\u00e9r\u00eat touristique de ces b\u00e2timents, les gestionnaires locaux en ont dot\u00e9 certains de grillages qui, tout en limitant l\u2019acc\u00e8s au parvis, n\u2019en permettent pas moins une vue d\u2019ensemble sur la nef centrale et sur l\u2019ornementation principale des \u00e9difices concern\u00e9s. Par ailleurs, il n\u2019est pas rare que l\u2019un ou l\u2019autre voisin de la b\u00e2tisse soit en possession des cl\u00e9s et permette ainsi au v\u00e9ritable amateur d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent pour y d\u00e9ambuler ou s\u2019y recueillir dans une atmosph\u00e8re tout empreinte de paix, de silence et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, dans le plus strict respect des us, coutumes et croyances de chacun.<\/p>\n<p>Terre sauvage et aride, terre de contraste aux hivers longs et s\u00e9v\u00e8res, l\u2019Ardenne, et plus particuli\u00e8rement les hauts plateaux qui sont les n\u00f4tres, a engendr\u00e9 un peuple rude, casanier et aust\u00e8re, souvent r\u00e9serv\u00e9, voire m\u00e9fiant, d\u2019acc\u00e8s difficile, mais d\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans borne, fiable tant en parole qu\u2019en amiti\u00e9. Longtemps isol\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grands chemins migratoires et commerciaux, les villages ardennais vivaient, il n\u2019y a pas si longtemps encore, dans une quasi-autarcie. Cultivant son petit lopin de terre, h\u00e9ritage d\u2019un lointain a\u00efeul, pratiquant le petit \u00e9levage, engraissant un ou deux cochons, quand il ne poss\u00e9dait pas sa vache, le paysan se suffisait \u00e0 lui-m\u00eame, ne quittant son hameau que lors de la kermesse du village voisin, \u00e0 l\u2019occasion de la foire aux bestiaux ou pour de rares achats sp\u00e9cifiques, le colporteur assurant l\u2019approvisionnement essentiel lors de ses visites hebdomadaires.<\/p>\n<p>Isol\u00e9 dans sa masure, parfois \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de son voisin le plus proche, l\u2019Ardennais de jadis a subi, au fil des si\u00e8cles, les invasions et saccages de maints seigneurs de guerre et autres dictateurs en mal de gloire et de conqu\u00eates\u00a0: C\u00e9sar, Attila, Charlemagne, Charles\u00a0Martel, Napol\u00e9on, Hitler plus r\u00e9cemment, ont marqu\u00e9 leur passage de larmes et de sang. Que de maisons d\u00e9truites, que de villages an\u00e9antis, que de morts au nom de la religion, de l\u2019avidit\u00e9 ou de la folie des hommes. Quand ce n\u2019\u00e9tait pas une \u00e9pid\u00e9mie de peste ou de chol\u00e9ra qui r\u00e9duisait \u00e0 n\u00e9ant la population d\u2019un hameau tout entier, village dont les pauvres masures \u00e9taient livr\u00e9es aux flammes dans l\u2019espoir d\u2019endiguer le fl\u00e9au divin\u2026 En ces p\u00e9riodes troubles, nombres de brigands et malandrins de tout poil hantaient les sombres for\u00eats d\u2019Ardenne. Coupe-jarret et autres \u00ab\u00a0chauffeurs\u00a0\u00bb ne manquaient jamais de venir perp\u00e9trer leurs forfaits dans les maisons isol\u00e9es avant de s\u2019en retourner, convaincus de toute impunit\u00e9, dans l\u2019immense et secr\u00e8te for\u00eat voisine, propice aux cachettes et repaires ind\u00e9celables. Qui ne se souvient, \u00e0 Montleban ou \u00e0 Langlire, des sombres Magonette et G\u00e9na qui, voici deux si\u00e8cles \u00e0 peine, parcouraient les campagnes de rapines en rapines\u2009?<\/p>\n<p>Ces p\u00e9nibles et incertaines conditions de vie ont forg\u00e9 chez nos a\u00efeux, au fil des si\u00e8cles, une m\u00e9fiance proverbiale et une fermet\u00e9 de caract\u00e8re \u00e0 l\u2019image de la nature hostile, sauvage et imp\u00e9n\u00e9trable qui les entourait. Aujourd\u2019hui encore, si l\u2019amiti\u00e9 et la confiance de l\u2019Ardennais sont difficiles \u00e0 conqu\u00e9rir, elles n\u2019en sont pas moins ind\u00e9fectibles, car, sous sa carapace de vieux bourru, le vrai Ardennais cache un c\u0153ur d\u2019or, fier de son pass\u00e9 et disert en contes et l\u00e9gendes, passionn\u00e9 de nature, de simplicit\u00e9 et d\u2019authenticit\u00e9. Un c\u0153ur difficile \u00e0 conqu\u00e9rir, mais dont, apr\u00e8s, on ne peut plus se passer.<\/p>\n<p>Traditionnellement de structure basse et allong\u00e9e, aux murs \u00e9pais, aux fen\u00eatres rares et \u00e9troites, aux plafonds bas et \u00e0 l\u2019aspect rustique et simple, la maison ardennaise est le reflet de l\u2019\u00e2me de ses habitants et des conditions climatiques et \u00e9conomiques qu\u2019il a endur\u00e9es au long des si\u00e8cles pass\u00e9s. Simple, mais toujours fonctionnelle et \u00e9conome en chaleur, l\u2019habitation, et plus particuli\u00e8rement la ferme ardennaise, profitait largement de la chaleur des \u00e9tables, contig\u00fces au corps de logis, afin de mieux r\u00e9sister aux hivers rigoureux qui sont les n\u00f4tres. Les minuscules fen\u00eatres, parfois prot\u00e9g\u00e9es par d\u2019\u00e9pais barreaux d\u2019acier ancr\u00e9s dans la ma\u00e7onnerie, comme \u00e0 la ferme Scheurette, \u00e0 Gouvy ou \u00e0 la ferme Gotale, \u00e0 Courtil, \u00e9vitaient toute d\u00e9perdition de chaleur tout en distillant, dans les pi\u00e8ces de s\u00e9jour, une lumi\u00e8re diffuse et discr\u00e8te. Le pignon massif, soutenant une lourde charpente recouverte de cherbins, pr\u00e9sentait sa croupette aux vents dominants, garantissant ainsi une parfaite r\u00e9sistance aux violentes bourrasques d\u2019automne. Diss\u00e9min\u00e9s dans une nature souvent hostile, les villages, g\u00e9n\u00e9ralement petits et entour\u00e9s de prairies elles-m\u00eames encercl\u00e9es par la for\u00eat, seraient ailleurs consid\u00e9r\u00e9s comme de simples hameaux. Dans nos contr\u00e9es \u00e0 tr\u00e8s faible densit\u00e9 de population, un \u00ab\u00a0gros village\u00a0\u00bb compte \u00e0 peine cinq-cents habitants\u2009; que dire alors d\u2019une bourgade de mille \u00e2mes\u2009? C\u2019est quasiment la ville\u2026<\/p>\n<p>L\u2019Ardenne, et plus particuli\u00e8rement la Haute Ardenne, redoute peu la s\u00e8cheresse. Les multiples rus et rivi\u00e8res qui jalonnent la commune de Gouvy en sont la preuve \u00e9vidente. Elle est toujours verte parce que, sous son climat humide et frais, les herbes et les plantes croissent g\u00e9n\u00e9reusement. La faune et la flore ardennaises comptent parmi les plus riches de la Belgique, le faible peuplement et la pauvret\u00e9 relative des moyens de communication ayant contribu\u00e9 \u00e0 maintenir, durant de nombreux si\u00e8cles, la r\u00e9gion \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019urbanisation, synonyme de d\u00e9pr\u00e9dation et de r\u00e9duction des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales et animales. Les cours d\u2019eau abondent et rivalisent en limpidit\u00e9 et puret\u00e9 de leurs eaux. Maints poissons et crustac\u00e9s, aujourd\u2019hui rares, sont encore les h\u00f4tes de nos multiples rus et rivi\u00e8res pour le plaisir de p\u00eacheurs et autres amoureux de la faune sauvage. Si, autrefois, les for\u00eats de feuillus, de h\u00eatres, ch\u00eanes, charmes, bouleaux, fr\u00eanes, et \u00e9rables recouvraient toute la r\u00e9gion, elles ont \u00e9t\u00e9 progressivement remplac\u00e9es, chauffage et industrie obligent, par des exploitations de pins, \u00e9pic\u00e9as et m\u00e9l\u00e8zes dans le courant du 19e si\u00e8cle. Les grandes zones feuillues sont donc assez rares sur le territoire de la commune, les mieux pr\u00e9serv\u00e9es, parce que difficiles d\u2019acc\u00e8s, subsistent encore dans la vall\u00e9e profonde de l\u2019Ourthe entre Cherapont et Bistain et, dans une moindre mesure, le long de la vall\u00e9e de la Ronce. \u00c0 la suite des d\u00e9g\u00e2ts innombrables provoqu\u00e9s dans les exploitations d\u2019\u00e9pic\u00e9as lors des temp\u00eates de l\u2019hiver\u00a01990, des dispositions particuli\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 prises afin d\u2019assurer un repeuplement partiel en essences indig\u00e8nes feuillues mieux r\u00e9sistantes aux grands vents, n\u2019entrainant pas d\u2019acidification des sols et, \u00e0 fortiori, un d\u00e9peuplement des rivi\u00e8res avoisinantes.<\/p>\n<p>Arpenter la for\u00eat, les plaines ou les chemins creux, d\u00e9ambuler dans les villages et les hameaux au fil des saisons, c\u2019est un peu fouler le chemin de l\u2019histoire pour mieux comprendre les gens, leur caract\u00e8re, leur habitat et leurs m\u0153urs\u2009; comprendre leur art de vivre et la sp\u00e9cificit\u00e9 ardennaise.<\/p>\n<p>Au printemps, couvertes de ros\u00e9e, les fraiches touffes d\u2019herbe verte brillent le long des coupe-feux et dans les clairi\u00e8res, sous les rayons r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateurs et bienfaisants du soleil\u2009; les fils de la vierge oscillent dans la bise matinale tandis que, \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat, craintif et vigilant, le chevreuil, accompagn\u00e9 d\u2019un nouveau-n\u00e9, vient au gagnage en qu\u00eate de nourriture. Sous les chatons des noisetiers et des saules blancs, \u00e0 l\u2019abri de quelque talus herbeux, les ruisseaux gazouillent entre les berges couvertes de mousses et de renoncules jaune d\u2019or. Dans le feuillage naissant, grives litornes, roitelets, grimpereaux, bouvreuils et pinsons c\u00e9l\u00e8brent le retour du printemps, chantent \u00e0 s\u2019en casser la voix et s\u2019activent, qui \u00e0 la reconstruction d\u2019un nid, qui \u00e0 la recherche d\u2019un endroit propice \u00e0 une nouvelle demeure.<\/p>\n<p>Avec la douceur des premi\u00e8res journ\u00e9es ensoleill\u00e9es, le gazouillis des oiseaux chanteurs r\u00e9sonne alentour, emplissant la cime des arbres de leurs trilles et de leurs m\u00e9lodies\u00a0: c\u2019est la saison des parades amoureuses, les plumages et les ramages resplendissent de beaut\u00e9 et de puret\u00e9 dans l\u2019espoir de la conqu\u00eate d\u2019une compagne. Souris des champs, campagnols, musaraignes et mulots s\u2019activent d\u00e9j\u00e0 aupr\u00e8s des premiers-n\u00e9s de l\u2019ann\u00e9e. La couleuvre coronelle et quelques l\u00e9zards sortent de leur l\u00e9thargie hivernale et s\u2019\u00e9tirent paresseusement, sur un vieux mur de schiste ou dans les \u00e9boulis d\u2019une ancienne carri\u00e8re, \u00e0 la recherche d\u2019un peu de chaleur. Dans les marais avoisinants, grenouilles et crapauds annoncent bruyamment leurs projets amoureux tandis que le h\u00e9ron, infatigable, fouille les prairies et les champs humides en qu\u00eate de petits batraciens ou autres rongeurs qui constituent son ordinaire.<\/p>\n<p>Les vastes plaines herbeuses se couvrent d\u2019un tapis dor\u00e9 de dents de lion et de renoncules, les haies vives et terrains incultes rayonnent de la blancheur immacul\u00e9e de l\u2019aub\u00e9pine et du prunelier, ponctu\u00e9e \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des taches jaune tendre des saules blancs en pleine floraison. Le chant m\u00e9lodieux du rossignol retentit dans le lointain, tandis que dame renarde accompagne les premiers pas h\u00e9sitants de ses renardeaux hors de la tani\u00e8re. Dans le ciel bleu azur, un couple de buses variables tournoient dans les airs en lan\u00e7ant de longs sifflements per\u00e7ants. Les premiers ruminants font leur apparition dans les vertes prairies renaissantes et les veaux nouveaux n\u00e9s d\u00e9couvrent avec \u00e9tonnement les joies de la vie en plein air. Dans la campagne, les cultivateurs retournent les champs et s\u00e8ment \u00e0 tous vents.<\/p>\n<p>La nature empress\u00e9e renait apr\u00e8s un long et glacial hiver dans un floril\u00e8ge de couleurs, de bruits et de senteurs enivrantes. Les hautes ramures se couvrent peu \u00e0 peu d\u2019un nouveau feuillage aux verts tendres, lib\u00e9rant dans les airs des nuages de pollen. Les nuits se font plus courtes\u2009; insensiblement, les temp\u00e9ratures remontent. Tardif, le printemps n\u2019en est que plus \u00e9blouissant\u2009; la nature, trop longtemps engourdie, est consciente que les beaux jours n\u2019auront qu\u2019un temps et que la saison froide sera rapidement de retour. Il faut faire vite, car les frimas sont g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9coces en ces hauts plateaux humides d\u2019Ardenne. Les verts pastel des mois d\u2019avril &#8211; mai font place, peu \u00e0 peu, \u00e0 un cama\u00efeu plus intense, plus dur\u2009; l\u2019\u00e9t\u00e9 est proche.<\/p>\n<p>Les feuillages des h\u00eatres et des ch\u00eanes se m\u00ealent en une voute \u00e9paisse que les rayons du soleil transpercent p\u00e9niblement. Sous la ram\u00e9e drue, la v\u00e9g\u00e9tation s\u2019\u00e9tire \u00e0 la recherche d\u2019un peu de lumi\u00e8re. Le calme r\u00e8gne \u00e0 nouveau dans la for\u00eat\u2009; l\u2019activit\u00e9 d\u00e9bordante du printemps a fait place \u00e0 de furtifs grattements dans les sous-bois et dans les talus. La densit\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation \u00e9touffe les bruits et, si les oiseaux chanteurs sont toujours bien pr\u00e9sents, leurs gazouillis se font moins fr\u00e9quents, si ce n\u2019est au lever du jour. Au cr\u00e9puscule, les coucous font entendre leurs lancinants appels. Le temps des amours \u00e9tant pass\u00e9, il devient vital de se cacher, en compagnie de ses petits, et de se mettre \u00e0 l\u2019abri des pr\u00e9dateurs en qu\u00eate de pitance. L\u2019atmosph\u00e8re est lourde et humide et le silence pesant n\u2019est troubl\u00e9 que par la fuite subite d\u2019une chevrette surprise dans son repos ou par le mart\u00e8lement rapide des pics verts et noirs qui d\u00e9busquent chenilles et petits col\u00e9opt\u00e8res sous les \u00e9corces des grands arbres malades.<\/p>\n<p>Dans l\u2019air chaud et humide des soir\u00e9es estivales, des millions d\u2019insectes dansent une folle sarabande, constituant un mets de choix pour les oiseaux dont les nich\u00e9es se font de plus en plus pressantes. La verte mosa\u00efque des h\u00eatres est enfin constitu\u00e9e. Le chevreuil est en rut\u2009; les h\u00e9rissons redoublent d\u2019activit\u00e9, fouillant les tertres d\u2019humus \u00e0 la recherche de larves et de scarab\u00e9es. Les rares blaireaux qui peuplent encore nos for\u00eats traquent vers, musaraignes et autres petits rongeurs que d\u2019aucuns osent encore qualifier de \u00ab\u00a0nuisibles\u00a0\u00bb\u2009; l\u2019hermine au pelage fauve se faufile dans les clairi\u00e8res \u00e0 la recherche d\u2019un lapin de garenne ou de b\u00e9casses juv\u00e9niles. La digitale pourpr\u00e9e \u00e9tale ses longs d\u00e9s violac\u00e9s sous le soleil de juillet, visit\u00e9e, tour \u00e0 tour, par les bourdons et autres abeilles solitaires. Les premi\u00e8res gu\u00eapes font leur apparition pr\u00e8s des maisons tandis que leur agressivit\u00e9 augmente chaque jour. Sur les talus incultes, le bouillon blanc, la berce, l\u2019aconit et la tanaisie se pr\u00eatent impudiquement au butinage avide des abeilles en qu\u00eate des nectars d\u00e9licieusement sucr\u00e9s et parfum\u00e9s qui feront toute la sp\u00e9cificit\u00e9 des miels ardennais. L\u2019arnica, la camomille, le millepertuis s\u2019offrent \u00e0 l\u2019amateur de \u00ab\u00a0rem\u00e8des de grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb, vieilles recettes oubli\u00e9es dont la pharmacop\u00e9e actuelle s\u2019inspire pour soigner, tout en douceur, les maux induits par une civilisation \u00e0 la vie tr\u00e9pidante et nerveuse.<\/p>\n<p>Dans les clairi\u00e8res, sur les pentes abruptes des vall\u00e9es de l\u2019Ourthe et de la Ronce, le long du Glain et dans les zones \u00ab\u00a0mises \u00e0 blanc\u00a0\u00bb, les framboisiers ploient sous le poids de leurs d\u00e9licieuses drupes rouges\u2009; les myrtilles abondent de petites billes noires tandis que les fraisiers sauvages dissimulent leurs minuscules fruits vermeils sous leur abondant feuillage. Les \u00e9pilobes sont \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de leur floraison, les taillis et autres pr\u00e9s humides resplendissent des rouges \u00e9carlates des sorbiers, viornes, merisiers et autres sureaux \u00e0 grappes. Au fond de la vall\u00e9e, silencieuse et craintive, une \u00e9l\u00e9gante cigogne noire rentre pr\u00e9cipitamment au nid, inqui\u00e9t\u00e9e par le vol circulaire et insistant d\u2019un milan noir non loin de sa cachette. Les moissons arrivent petit \u00e0 petit \u00e0 leur terme, aux jaunes d\u2019or printaniers ont succ\u00e9d\u00e9 les jaunes ocres des bl\u00e9s murs. Les moissonneuses rompent le silence de la campagne et battent les \u00e9pis d\u2019or, promesse d\u2019une nouvelle r\u00e9colte, mais aussi garantie de vie pour les prochains mois de froidure \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Au bord des \u00e9tangs et des mares, les roseaux ont referm\u00e9 leur \u00e9cran de verdure, les massettes dressent leurs longs fuseaux duveteux au milieu des n\u00e9nufars en fleur. Colverts, fuligules et autres b\u00e9cassines profitent de cette abondante v\u00e9g\u00e9tation pour dissimuler, au regard des pr\u00e9dateurs, leurs nich\u00e9es immatures. Au bord de la rivi\u00e8re, les libellules et demoiselles se dorent au soleil, accroch\u00e9es dans les joncs ou sur le populage aux fleurs jaune luisant. De-ci, de-l\u00e0, truites, vairons, perches et brochets dessinent des ronds dans les eaux calmes des \u00e9tangs ou sautent dans les rus limpides aux lits caillouteux o\u00f9 se cachent encore quelques rares \u00e9crevisses. La luxuriance des herbes folles qui jouxtent ces lieux humides attire une myriade de col\u00e9opt\u00e8res, sauterelles et autres insectes, emplissant le voisinage du vrombissement de leurs ailes et de leurs stridulations infatigables. Au cr\u00e9puscule, les chauvesouris quittent leurs abris diurnes et virevoltent dans les airs \u00e0 la recherche de quelques proies qui iront nourrir leur nombreuse prog\u00e9niture. Partout, la nature \u00e9clate de couleur\u2009; les papillons nacr\u00e9s dansent dans la brise l\u00e9g\u00e8re, butinant inlassablement une flore g\u00e9n\u00e9reuse, chatoyante et enivrante. \u00c0 la tomb\u00e9e du jour, jusque tard dans la nuit, les lucioles \u00e9maillent la p\u00e9nombre de mille \u00e9clats blafards tandis que le grand paon et ses cong\u00e9n\u00e8res nocturnes s\u2019\u00e9gaient dans la nature assoupie.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9glantier est fan\u00e9 depuis bien longtemps d\u00e9j\u00e0 et ses fruits, les cynorhodons, arrivent peu \u00e0 peu \u00e0 maturit\u00e9 pour offrir \u00e0 l\u2019amateur une confiture au gout incomparable. Le feuillage, petit \u00e0 petit, jaunit et se pare de reflets mordor\u00e9s sous la lumi\u00e8re du soleil couchant. Les regains sont rentr\u00e9s, l\u2019automne frappe \u00e0 la porte avec son cort\u00e8ge de fruits et de couleurs incomparables. Les chardons, les bugles et les \u00e9pilobes confient \u00e0 pr\u00e9sent leurs aigrettes aux vents pour mieux coloniser de nouveaux espaces mis \u00e0 nu par l\u2019exploitation foresti\u00e8re. Les premiers champignons font leur apparition dans les pr\u00e9s encore exempts de tout traitement chimique. De-ci, de-l\u00e0, l\u2019agaric champ\u00eatre et le psalliote des jach\u00e8res semblent jaillir de terre, \u00e9talant leurs carpophores blancs sous le soleil automnal. Dans les zones plus humides, les coprins chevelus et noirs d\u2019encre \u00e9maillent les pr\u00e9s d\u2019une myriade de points blancs. Promeneurs et amateurs fins gourmets arpentent pr\u00e9s et sous-bois \u00e0 la recherche de ces fugaces d\u00e9lices.<\/p>\n<p>L\u2019automne s\u2019installe peu \u00e0 peu\u2009; la brume du soir s\u2019\u00e9paissit dans le fond des vall\u00e9es. La ros\u00e9e est omnipr\u00e9sente au petit matin tandis que la n\u00e9bulosit\u00e9 se fait plus abondante. Les fruits et les graines murissent, gorg\u00e9s des sucres accumul\u00e9s sous le soleil estival. Mures, prunelles et sureaux noirs regorgent dans les chemins creux. Les noisettes, encore bien p\u00e2les, sont presque matures et attendent l\u2019\u00e9cureuil dont elles feront le r\u00e9gal. Les glands, \u00e0 peine tomb\u00e9s, sont aussit\u00f4t emport\u00e9s et cach\u00e9s par les geais qui, inconsciemment, se muant en v\u00e9ritables jardiniers de la for\u00eat et participent ainsi \u00e0 son renouv\u00e8lement. Les campagnols, l\u00e9rots et autres mulots grappillent et enterrent de-ci, de-l\u00e0 un petit fruit, une faine, une noisette en pr\u00e9vision du long hiver qui s\u2019annonce.<\/p>\n<p>Si l\u2019automne est un peu la saison de la mort, c\u2019est aussi et surtout la saison du renouveau. Alors que les hautes herbes s\u00e8ches fl\u00e9trissent puis meurent et recouvrent les talus et les prairies d\u2019un \u00e9pais tapis fauve clair, les graines g\u00e9n\u00e9r\u00e9es au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 tombent sur les sols nus avant d\u2019\u00eatre recouvertes par le feuillage mort, formant une \u00e9paisse couche d\u2019humus propice \u00e0 une future germination lors du printemps \u00e0 venir. Alors que la futaie s\u2019impr\u00e8gne d\u2019un air charg\u00e9 d\u2019humidit\u00e9, des champignons luisants apparaissent autour des troncs, s\u2019insinuent dans les \u00e9corces des arbres morts et pars\u00e8ment le sous-bois d\u2019autant de bulbes color\u00e9s. Le mycologue avis\u00e9 et prudent vit des heures d\u2019un intense bonheur, cueillant giroles, bolets et autres chanterelles \u00e0 plein panier. Les pluies se font plus fr\u00e9quentes, plus abondantes, et les arbres, secou\u00e9s par les vents imp\u00e9tueux, se d\u00e9nudent laissant apparaitre \u00e0 nouveau leurs branches fragiles, tortueuses et noueuses. Aux abords des maisons, les oiseaux migrateurs gr\u00e9gaires se rassemblent en foule nombreuse et pr\u00e9parent activement leur voyage vers leurs quartiers d\u2019hiver. Les sons, que l\u2019\u00e9pais feuillage n\u2019assourdit plus, portent maintenant beaucoup plus loin. Le brame du cerf r\u00e9sonne \u00e0 pr\u00e9sent au fond de la for\u00eat et les sangliers s\u2019aventurent au-dehors du couvert et retournent, au grand dam des agriculteurs, de leur groin puissant les cultures de pommes de terres non encore r\u00e9colt\u00e9es.<\/p>\n<p>Le froid se fait plus vif\u2009; les vents humides deviennent plus piquants. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre r\u00e9unis une derni\u00e8re fois lors des f\u00eates de la Toussaint pour comm\u00e9morer leurs parents d\u00e9funts, les villageois s\u2019activent maintenant \u00e0 rentrer les produits du potager et se font plus discrets que durant la belle saison. L\u2019hiver approche \u00e0 grands pas. Les animaux domestiques ont quitt\u00e9 les verts p\u00e2turages et seuls quelques rustiques et massifs chevaux de trait paissent encore dans les pairies maigres et rases. Dans la for\u00eat, quelques cliquetis de chaines, les bruits de frottement des troncs d\u2019arbres sur le sol, les ordres brefs et pr\u00e9cis du d\u00e9bardeur t\u00e9moignent encore de l\u2019activit\u00e9 humaine. Le sol vibre sous le lourd mart\u00e8lement de chevaux ardennais qui, impressionnants de force et d\u2019habilet\u00e9, ahanant et soufflant, extraient, sans d\u00e9g\u00e2ts, les lourdes grumes et les disposent le long des coupe-feux d\u2019o\u00f9 ils seront achemin\u00e9s vers les scieries locales. Indispensable auxiliaire du bucheron, l\u2019animal \u00e9tonne par sa vigueur, sa puissance, mais aussi et surtout par sa docilit\u00e9 et l\u2019extraordinaire efficacit\u00e9 dont il fait preuve dans son travail, en communion totale avec son meneur\u2009; autant de qualit\u00e9s qui ont sauv\u00e9 l\u2019animal face aux engins m\u00e9canis\u00e9s, incapables souvent d\u2019acc\u00e9der aux pentes abruptes des vall\u00e9es encaiss\u00e9es et g\u00e9n\u00e9rateurs de d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables tant \u00e0 la flore qu\u2019\u00e0 la voirie locale.<\/p>\n<p>Dans la lumi\u00e8re qui s\u2019amenuise de jour en jour, seuls les ch\u00eanes et les h\u00eatres gardent leur feuillage maintenant brun ocre. Seules les immenses \u00e9tendues de sapins donnent encore au paysage une note de verdure fonc\u00e9e. La pluie s\u2019installe\u2009; ce n\u2019est plus un doux cr\u00e9pitement, mais des dards glac\u00e9s et p\u00e9n\u00e9trants qui aplatissent les herbes et gonflent les ruisseaux. Quelques rares grives litornes ramassent les derni\u00e8res baies de sorbier tandis que des groupes nombreux de corneilles tournoient dans les airs en vols noirs et bruyants. Les lichens s\u2019\u00e9panouissent dans cette humidit\u00e9 latente et s\u2019accrochent aux troncs dans les vall\u00e9es humides. Nombre de petits rongeurs ont regagn\u00e9 leurs terriers depuis belle lurette et entrent peu \u00e0 peu dans un long et profond sommeil forc\u00e9. La vie, petit \u00e0 petit, ralentit son cours. Bient\u00f4t, les premiers gels, puis la neige, succ\u00e8dent aux pluies glac\u00e9es. Un \u00e9pais tapis blanc recouvre les monts et les plaines. La martre et l\u2019hermine ont d\u00e9j\u00e0 rev\u00eatu leur manteau hivernal et seul un petit panache noir au bout de la queue permet encore de distinguer la premi\u00e8re de la seconde. La fouine se montre plus hardie et visite quelques poulaillers mal gard\u00e9s, le renard se rapproche des maisons et r\u00f4de au voisinage des \u00e9tables. Les bruits portent tr\u00e8s loin dans ce paysage hivernal, se r\u00e9percutant sur les arbres nus et les talus couverts de neige\u2009; il est bien difficile alors de situer le tambourinement des pics verts qui r\u00e9sonne entre les arbres. Chevreuils, biches et cerfs broutent avec avidit\u00e9 les jeunes pousses et les derniers lichens encore \u00e0 leur port\u00e9e.<\/p>\n<p>Les nuits sont froides et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment silencieuses. De temps en temps, le glapissement du renard trouble le calme de la soir\u00e9e, la chouette effraie ponctue la noirceur de son lugubre chant. Du haut d\u2019un arbre mort, un hibou hulule faiblement puis, d\u2019un vol silencieux, fond sur sa proie, toutes serres dehors. Gare \u00e0 la souris, au campagnol ou au lapin imprudent\u00a0: la buse veille, attentive au moindre mouvement sur la neige immacul\u00e9e. Diss\u00e9min\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans les pr\u00e9s et les campagnes, les abris \u00e0 bestiaux offrent un h\u00e9bergement confortable \u00e0 quelques rongeurs et oiseaux s\u00e9dentaires. De longues carottes de glaces, scintillant de mille feux sous le soleil \u00e9clatant des courtes journ\u00e9es hivernales, pendent, telles de somptueuses stalactites, au bord des toitures recouvertes de cherbins. Le givre d\u00e9core de mille-et-un motifs les vitres des maisons et pare les reliques d\u2019un \u00e9t\u00e9 luxuriant de merveilleuses et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res fleurs de glace, rehaussant ainsi le dessin \u00e9pur\u00e9 des ramures et des branchages.<\/p>\n<p>La m\u00e9sange et le rouge-gorge se font plus hardis et s\u2019aventurent au voisinage des fermes et des maisons \u00e0 la recherche de quelques graines alors que les skieurs de fond tracent leurs sillons parall\u00e8les dans les \u00e9tendues immacul\u00e9es, baign\u00e9es de reflets dor\u00e9s sous le soleil couchant. Les premi\u00e8res brindilles vertes ne tardent pas \u00e0 se manifester. Sous la dense liti\u00e8re de la for\u00eat, quelques jacinthes et perce-neiges pointent d\u00e9j\u00e0. De nouvelles pousses apparaissent sur les mousses d\u00e9tremp\u00e9es. Les neiges se font plus rares, m\u00eame si les gel\u00e9es de mars sont encore souvent p\u00e9nibles. Giboul\u00e9es de mars et \u00ab\u00a0biquets\u00a0\u00bb d\u2019avril annoncent le retour du printemps, son fourmillement de vie et son foisonnement de couleurs. Une ann\u00e9e s\u2019est \u00e9coul\u00e9e, sans lassitude, sans r\u00e9p\u00e9tition, avec ses joies et ses peines, ponctu\u00e9e, chaque jour, d\u2019une nouveaut\u00e9 \u00e0 admirer ou \u00e0 red\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>D\u00e9couvrir un peuple, une r\u00e9gion au travers d\u2019espaces vierges de toute pollution industrielle, tout empreinte encore des souvenirs d\u2019un riche pass\u00e9, color\u00e9e de mille feux et parfum\u00e9e des innombrables effluves d\u2019une flore incomparable, c\u2019est le pari r\u00e9ussi que Gouvy offre \u00e0 ses visiteurs d\u2019un temps, comme \u00e0 ceux et celles qui ont trouv\u00e9, chez nous, le petit coin de paradis qu\u2019ils cherchaient depuis bien longtemps, au travers de ses vingt-trois villages et hameaux pittoresques et accueillants. L\u2019Ardenne n\u2019est plus aujourd\u2019hui coup\u00e9e de ce monde tr\u00e9pidant qui l\u2019entoure\u2009; simplement, son rythme de vie est diff\u00e9rent et, s\u2019ils pr\u00e9sentent encore maintenant de nombreux t\u00e9moins de leur pass\u00e9 plus ou moins lointain, nos petits villages ont su habilement conjuguer les plaisirs d\u2019une vie saine, simple et tranquille avec les imp\u00e9ratifs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en perp\u00e9tuelle mutation.<\/p>\n<p>Dot\u00e9e d\u2019une infrastructure routi\u00e8re et commerciale de premier choix, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une nature \u00e0 la beaut\u00e9 incomparable et quasiment vierge, pour une grande partie, des pollutions industrielles et sonores qui sont l\u2019apanage des grandes cit\u00e9s, la commune de Gouvy offre \u00e0 ses visiteurs, vous offre, amis touristes, un ar\u00e9opage merveilleux de collines bois\u00e9es, larges vall\u00e9es et cluses profondes, plateaux verdoyants aux horizons perdus d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, de merveilleux petits villages accueillants o\u00f9 il fait encore bon vivre et s\u00e9journer.<\/p>\n<p>Au fil des quelques pages qui suivent, nous nous sommes efforc\u00e9s de vous pr\u00e9senter nos richesses pr\u00e9sentes et pass\u00e9es, richesses arch\u00e9ologiques, monumentales ou tout simplement naturelles, pr\u00e9sentes ou disparues. Nous n\u2019avons certes pas la pr\u00e9tention de vous avoir tout expos\u00e9\u2009; sans doute d\u00e9couvrirez-vous nombre de d\u00e9tails sp\u00e9cifiques \u00e0 notre r\u00e9gion, que nous ignorons, mais dont nous vous serions reconnaissants de nous informer. N\u2019appartient-il pas \u00e0 chacun de d\u00e9couvrir son propre tr\u00e9sor\u2009?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Occup\u00e9e depuis la plus haute antiquit\u00e9 et certainement depuis le 4e ou le 5e si\u00e8cle avant J\u00e9sus Christ, la r\u00e9gion de Gouvy, si, elle ne poss\u00e8de pas de vestiges monumentaux d\u2019un glorieux pass\u00e9, n\u2019en rec\u00e8le pas moins l\u2019un des plus importants gisements de tombes m\u00e9rovingiennes de toute la Belgique. 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